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Entretien

The Locals Shakers : 3 globe-trotteuses sur les pas d’acteurs du changement

Le 17 octobre 2018

Après les études, l’un des chemins traditionnels consiste à foncer tête baissée dans la recherche d’un emploi au sein d’une grande entreprise. « Bosser pour Coca Cola ne m’intéressait pas », lance Barbara lorsqu’on lui demande d’expliquer son choix insolite. Avec ses deux amies, la jeune communicante préfère prendre une tout autre voie : celle du voyage. Mais pas n’importe lequel. Loin du cliché de l’année sabbatique passée à arpenter les quatre coins du monde dans une contemplation passive, le trio souhaitait donner un sens à son expédition 1.


Un projet d’agriculture urbaine dans un des quartiers les plus pauvres de Bogota, la rencontre des femmes d’une communauté Quechua, du stop sur les routes désertiques du Chili, la découverte d’initiatives citoyennes en Equateur… Voilà le genre d’aventures que Barbara, Florie et Malorie ont vécu pendant 9 mois en Amérique du Sud. Leur master à peine en poche et une caméra sous le bras, les 3 cofondatrices de The Local Shakers se sont mis en tête de parcourir l’Amérique du Sud dans un but précis : aller à la rencontre des « agitateurs locaux ».


Les trois globe-trotteuses sont parties avec deux bagages : celui qu’elles ont porté sur le dos à travers 9 pays, et celui en communication qu’elles ont mis à profit dans une démarche humanitaire. De l’autre côté de leur objectif et au bout de leurs plumes, se dévoile une vingtaine de porteurs de projets solidaires où collaboration et entraide offrent des alternatives positives, même dans les conditions les plus extrêmes. The Local Shakers, c’est l’histoire, toujours en train de s’écrire, d’un trio d’optimistes convaincu qu’il n’y a pas de petite action pour faire changer le monde. Rencontre avec Barbara.

© The Local Shakers
Pourquoi avoir emprunté ce chemin après les études ? 
Barbara : The Local Shakers est né d’une envie d’utiliser nos compétences et notre diplôme de communication de manière positive. Nous souhaitions travailler pour des projets véhiculant des valeurs auxquelles nous croyons. Nous avons donc décidé de mettre en lumière des initiatives locales ayant un impact positif sur l’environnement et la société. Notre but est de leur apporter de la visibilité via l’audiovisuel et les mots pour générer des déclics chez nos lecteurs. On veut qu’ils se lancent à leur tour dans leur passion. On avait envie de « faire bouger » les gens, de les rendre plus optimistes et de leur faire prendre conscience qu’il faut agir pour préserver la planète et l’humanité.

Agir, même à sa petite échelle, peut avoir un grand impact

Cela se traduit par quelle démarche ? 
Barbara : The Local Shakers se concentre avant tout sur la démarche personnelle du porteur de projet. Comment a-t-il monté son projet ? Quelles ont été ses motivations ? Quel est son parcours ? Quelles ont été les difficultés rencontrées ? Nous cherchons à donner des exemples positifs et à montrer qu’agir, même à sa petite échelle, peut avoir un grand impact. 
Qu’avez-vous accompli jusqu’à maintenant ? 
Barbara : nous avons voyagé 9 mois, d’avril 2017 à janvier 2018, à travers l’Amérique du Sud à la rencontre de 25 Local Shakers. 
Quelles sont les projets, les personnes ou les pays qui t’ont le plus marquée ? 
Barbara : toutes les rencontres ont été marquantes, bien que très différentes. Une rencontre qui m’a beaucoup touchée était au Paraguay. Nous sommes allées découvrir le projet Po Paraguay fondé par un ingénieur et un étudiant en médecine, tous deux très jeunes. Ils fabriquent des prothèses de membres (mains, pieds, bras) grâce à l’impression 3D. Dans ce pays, beaucoup de personnes se retrouvent amputées suite à des mauvais soins ou à des accidents de travail. Ils leur permettent donc de retrouver l’usage de leur membre, à moindre frais, en jouant même sur le côté « ludique » grâce à la personnalisation des prothèses. Une autre rencontre totalement différente qui m’a marquée était une de nos premières rencontres en Colombie : le projet Pazion Colombia. C’est Patricia et Raphaël, psychologue et musicien, qui en sont à l’origine. Leur but : participer au processus de paix initié dans le pays. Pour cela, ils organisent des formations artistiques de musique et de danse à destination des personnes démobilisées (anciens FARCS, par exemple), des personnes victimes du conflit et des civils colombiens. Ils arrivent donc à rassembler ces populations, qui se haïssent pour la plupart, à travers l’art. Et ça, je trouve que c’est un très beau message de tolérance. 
Vous étiez 3 jeunes femmes décidées à arpenter le monde, avez-vous reçu des mises en garde ou des appréhensions de la part de votre entourage ? Aviez-vous vous-mêmes des inquiétudes ? 
Barbara : c’est sûr que trois filles sur la route en sac à dos en Amérique du Sud, ça peut faire peur ! Je dirais que les mises en garde ne venaient pas directement de mon entourage proche, car nous avons préparé le projet à leur côté pendant 6 mois et ils voyaient qu’on était prudentes. Elles venaient plutôt des personnes à qui on racontait rapidement notre projet : « la Colombie, c’est dangereux pour des filles seules, je ne vous le conseille pas » ou « attention, là-bas on enlève les touristes », et j’en passe. J’avoue que même en s’étant bien renseignées, on n’aime jamais entendre des propos comme ça. On avait donc nous-mêmes quelques appréhensions, pas seulement sur les pays, mais sur le fait d’être « lâchées dans la nature », d’être loin de nos habitudes. C’était la première fois pour nous. Mais honnêtement, il a suffi d’une semaine pour que toutes ses appréhensions s’envolent. On a commencé par la Colombie, en sachant que c’est un pays où les risques sont présents. On a tout de suite ressenti la chaleur et la générosité des colombiens. La paix y est plus ou moins revenue il y a très peu de temps et on sent que la population à envie de nous en faire découvrir les beautés. Je me méfie donc beaucoup des idées reçues que chacun peut avoir. Je ne dis pas que tout est tout rose, mais je pense que tant qu’on n’a pas vu, il ne faut pas juger. 
Avez-vous rencontré des difficultés ou des contraintes en tant que femmes ? Penses-tu qu’il soit plus difficile de voyager ou de porter un projet à l’étranger pour cette raison ? 
Barbara : non. Pour moi, il n’y a pas de différence, en tout cas pas en étant à plusieurs. En Amérique du Sud, j’ai trouvé que les mises en garde étaient les mêmes pour tous les sexes. On a même eu parfois ce sentiment où, étant des filles, on nous faisait davantage confiance et on nous protégeait. L’expérience du stop au Chili s’est par exemple révélé être un jeu d’enfant ! Ce qui n’était pas le cas pour les hommes voyageurs qu’on a pu rencontrer. 

Ce voyage a été une grande leçon de tolérance et de vivre ensemble

Qu’est-ce que ce projet t’a apporté ? As-tu l’impression d’avoir changé ? 
Barbara : ce projet et ce voyage m’ont beaucoup changée, oui. Sur le plan personnel, on grandit, on apprend à se connaitre, à identifier ses limites et surtout à s’écouter. Je ne dis pas avoir fondamentalement changé mais je pense m’être améliorée. Ma vision du monde aussi a été bousculée : on s’ouvre aux pays, aux cultures, aux populations. On a envie de s’immerger, de comprendre les autres. The Local Shakers nous a vraiment permis de faire des rencontres inoubliables et très touchantes avec les porteurs de projet mais aussi avec les populations. Ce voyage a été une grande leçon de tolérance et de vivre ensemble. 
Quelles sont les prochaines étapes du projet ? 
Barbara : on a souhaité ouvrir le projet à de nouveaux voyageurs2. On voulait partager cette expérience inoubliable et en faire bénéficier d’autres personnes. On a donc récemment sélectionné une équipe de trois explor’actrices qui vont partir à la rencontre des Local Shakers dans les Balkans. De mon côté, je remets bientôt mon sac à dos sur les épaules, direction l’Asie du Sud-Est cette fois-ci. 

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Texte et illustration par Audrey Couppé de Kermadec